reportage, Les Vallées du Mont Ventoux

Jean-Pierre Vallée a parcouru le monde sur son vélo.
Aujourd’hui âgé de 69 ans, il se lance un nouveau défi: gravir le Mont Ventoux six fois en moins de 24h.

Images et réalisation: Florian Vallée
Montage et habillage graphique: Emilien di Timoteo
Sons: Delphine Wil
Traduction: Francis Vallée

Carnet de route

« Le 3 juillet 2014, vers 17 h 05, je débarque à la sortie d’Aurel, près d’un joli champ de lavande. Je mets mon casque et saute en machine pour mon échauffement (moins de 4 kilomètres) sur une petite route secondaire, qui me conduit en bas de Sault. Ceci est le point le plus bas au pied du Ventoux, à une altitude d’environ 700 m. Température ambiante : 30 °C, démarrage réel pour l’ascension à 17 h 20 ! Autour du cou, un foulard spécial, imbibé d’eau (technique utilisée par les joueurs de cricket australiens). Sur la tête, une casquette de coureur en coton, bien imbibée d’eau elle aussi, ceci afin de maintenir la température de mon corps la plus basse possible. Dès le départ, je me sens bien, et je reste très calme, ce qui permet de bien me concentrer sur le challenge. »

« J’enroule mon 26*32 dents (arrière), un développement de 1,68 m à chaque coup de pédale sur les pentes à 12 %. Je fais rapidement un calcul mental : si je restais constamment à cette vitesse (braquet), il faudrait que je donne presque 90 000 coups de pédales pour gravir les 150 km de côtes du Ventoux ! Mieux vaut ne pas y penser et me concentrer sur un kilomètre à la fois. »

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« J’atteins le sommet numéro 1 à 19 h 15. J’ai mis 1 h 55 pour l’escalade, qui fait 25,2 km de ce côté. Une moyenne de 13 km/h sur un pourcentage moyen de 4,8 %. Par contre, les 6 derniers kilomètres après le chalet Reynard sont douloureux, car la moyenne de pente ici est d’un peu moins de 8 %. En outre, le vent et la chaleur vous sapent votre énergie. N’oublions pas que de nombreux coureurs professionnels réputés ont laissé des plumes sur les pentes du Ventoux (y compris notre fameux Eddy Merckx, à qui on a dû administrer de l’oxygène). Et bien sûr, la tragédie de Tom Simpson, qui s’effondra sur l’asphalte à 2 km du sommet et ne se releva jamais. »

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« J’ai des problèmes avec mon frein arrière, qui s’est déréglé et fait vibrer ma jante en émettant un son affreux. Tout cela n’est pas très rassurant à près de 60 km/h en pleine nuit ! La voiture suiveuse fait du bon travail, mais un autre problème se pose, dans le sens où elle doit se tenir 50 à 60 mètres derrière moi. A l’entrée des virages, je suis éclairé, puis je me retrouve en dehors de la portée des phares, donc quasiment dans le noir. La lampe de mon guidon a dû bouger, et me procure peu d’assistance. Autrement dit, je prends des virages plus ou moins au jugé : c’est l’aventure, et c’est plutôt effrayant ! » VENTOUX2014#9web VENTOUX2014#7-8web

« Les parties moins rapides de la descente me permettent de relaxer le corps, les bras, les poignets et même les doigts, afin d’utiliser mes freins efficacement. Il faut aussi songer à son dos et au bas des reins. Pour cela, il faut mettre un genou en dessous du guidon, se redresser sur son vélo (hors de la selle) et courber sa colonne vertébrale en sens inverse pendant quelques secondes, puis recommencer le même procédé avec l’autre genou. Durant une longue descente (+/- 25 km, 40 minutes), l’important est de ne pas se crisper ou s’ankyloser sur le vélo. »

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« Un vélo carbone étant très léger (le mien est de 7,5 kg), il faut surtout se méfier des bourrasques de vent soudaines et latérales. Elles peuvent vous faire quitter la route avec des conséquences graves. Pour maintenir un meilleur contrôle de sa machine, il faut coller ses deux genoux sur le tube supérieur du cadre, afin d’éviter tout frottement et toute perte de contrôle éventuelle de sa machine. Il faut s’allonger le plus possible sur le vélo, la tête le plus bas possible. Donc, votre estomac est sur la selle et vos fesses en dehors de la selle. »

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«  À 75 mètres du sommet, j’aborde le dernier virage. La pente est d’environ 12 à 14 %. Soudain, le vent augmente violemment. Pour garder mon équilibre, je braque pour ne pas tomber. La force du vent est telle que je me retrouve à contresens sur la route (donc, j’ai décrit un angle de 180°) : incroyable ! Je déchausse, mets les pieds à terre et monte les 75 derniers mètres à pied. J’arrête mon vélo dans un recoin des bâtiments du sommet. D’autres cyclistes n’ont pas pris cette précaution, et leur vélo se fait emporter par le vent. D’autres encore tombent et sont légèrement blessés. »

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« Le 4 juillet 2014 vers 17 h 30 se termina un challenge magnifique.  J’avais accompli 8 430 m de dénivelé. Pas tout à fait l’Everest. Mais j’étais sain et sauf. Il m’a fallu 22 heures et 45 minutes pour escalader le Ventoux six fois (ici sont inclus tous les temps d’arrêt : massages, lavage, ravitaillement, etc). En réalité, je suis resté moins de 20 heures sur le vélo pour atteindre mon but. L’avantage d’une grande famille bien soudée et pleine de ressources diverses se révéla ici un atout majeur. » 10382392_10152512428794707_2035775125229753250_o

texte: Jean-Pierre Vallée
photos: Florian Vallée
dessins: Jean-François Vallée

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Lire le récit de Jean-Pierre Vallée dans son intégralité ici et les détails de la préparation ici
Découvrir le carnet de dessin de Jean-François Vallée ici
Voir le reportage un RTBF de 1969 ici où Jean-Pierre Vallée réussit à rejoindre l’ Inde à vélo au départ de Francorchamps en 80 jours

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